gemiface

07 décembre 2013

la bible

LA CONNAISSANCE ET L'AMOUR
« Donnez-moi quelqu'un qui aime et il comprendra ce que je dis. » ( Saint Augustin, In Joan. Tr. XXVI, 4 )

I - C'est la doctrine même du Christ que la connaissance de Dieu est réservée à la vision béatifique: « la vie éternelle consiste à vous connaître, vous, le seul vrai Dieu ; et Celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ » (Jean, XVII, 3). Saint Paul dit dans le même sens : « Maintenant nous voyons dans un miroir, d'une manière obscure ; mais alors nous verrons face à face ; aujourd'hui, je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu. » (I Cor., XIII, 12). Donc, conclut ailleurs le grand Apôtre : « Que le Christ habite dans vos coeurs. Par la foi, de sorte que, étant enracinés et fondés dans la charité, vous deveniez capables de comprendre avec tous les Saints quelle est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur, et connaître l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance. » (Ephès.,III, 17-19).

Ainsi nous n'approchons de Dieu que dans la mesure où s'accroît notre charité. « Qui connaît la vérité, déclare Saint Augustin connaît la lumière incréée et qui la connaît embrasse l'éternité. Mais c'est par la charité qu'on peut la connaître mieux que par l'intelligence ; et l'amour en fait mieux l'expérience que l'esprit. » (Confessions, liv. VII, ch.. 10). « Dans l'abîme de la divinité, dit à son tour Ruysbroeck, nulle intelligence ne peut pénétrer par la lumière créée. Mais là où l'intelligence doit demeurer au dehors, le désir et l'amour peuvent entrer. » (L'ornement des noces spirituelles, Liv. 1 ch. XXII). Ici-bas, Dieu peut être aimé par lui-même ;il ne peut pas être connu par lui-même.

II - Cette supériorité de l'amour sur la connaissance dans la vie présente vient, selon la remarque de Saint Thomas, « de ce que l'action de notre intelligence se fait par la représentation en nous de la réalité connue, tandis que l'action de notre volonté se porte vers la chose aimée, telle qu'elle est en soi. » (Summa théol, la, qu. 82, art. 3). Pour connaître Dieu, nous devons en quelque sorte l'attirer à nous pour l'enfermer dans le cadre de nos idées et une pareille opération est nécessairement inadéquate; Tandis que pour l'aimer nous devons sortir de nous-mêmes et nous élever jusqu'à lui. « Notre connaissance de Dieu, dit encore, le Docteur angélique, parce qu'elle est médiate (par l'intermédiaire d'idées) est dite énigmatique et elle disparaîtra pour faire place à la vision. Mais notre charité ne disparaîtra pas et donc, dès ici-bas, adhère immédiatement à Dieu. La raison en est que la connaissance, s'accomplissant par la représentation en nous de l'objet connu, est proportionnée au mode fini de notre intelligence bornée. L'amour au contraire, se portant vers l'objet aimé lui-même, est proportionné à la manière d'être de cet objet. » (Ibid., IIa IIae qu.27, art. 4).

Mais, dira-t-on, si notre intelligence ne peut pas saisir Dieu directement dans sa nature propre, nous pouvons du moins nous avancer vers lui par ce procédé négatif que les philosophes appellent la voie d'exclusion. Nous nions d'abord de lui les choses corporelles, puis les choses intellectuelles mêmes dans la forme qu'elles revêtent chez les créatures, comme la bonté, la sagesse. Certes, cette voie est légitime, mais à quel résultat nous conduit-elle? Saint Thomas répond très justement « il ne reste plus alors dans notre entendement que ceci : Dieu est, et rien de plus. Et, pour finir, cet être même, en la forme où il se trouve dans les créatures, nous le nions de lui et alors il demeure dans une sorte de nuit d'ignorance qui nous unit à Dieu d'une façon plus parfaite, autant qu'il appartient à cette vie. » (Commentaire sur les Sentences, Liv. 1, Dist. XIII). Les mystiques ont le droit de conclure avec le pseudo-Denys : « Délivrée du monde sensible et du monde intellectuel, l'âme entre dans la mystérieuse obscurité d'une sainte ignorance ; et, renonçant à toute donnée scientifique, elle se perd en Celui qui ne peut être ni vu ni saisi ; tout entière à ce souverain objet, sans appartenir à elle-même ni à d'autres ; unie à l'inconnu par la plus noble portion d'elle-même, et en raison de son renoncement à la science ; enfin puisant dans cette ignorance absolue une connaissance que l'entendement ne Saurait conquérir. » (Théologie mystique ch. 1, § 3).

Comment, toutefois, la volonté peut-elle aimer ce que l'entendement n'a pas connu au préalable ? Ce qui est vrai par rapport aux connaissances naturelles cesse de l'être, quand il s'agit des réalités surnaturelles. « Il est évidemment impossible, note Saint Jean de la Croix, d'aimer d'une manière naturelle sans connaître ce que l'on veut aimer. Mais il en est tout autrement dans l'ordre surnaturel, où Dieu peut augmenter en nous l'amour sans avoir besoin de nous donner ou d'augmenter en même temps les connaissances distinctes... Il est vrai de dire que la volonté, peut se nourrir d'amour sans que l'entendement reçoive de nouvelles lumières. » (Cantique spirituel. Eclaircissement à la Strophe XXVI). Le grand mystique pousse encore plus loin sa thèse : « une âme, dit-il, peut avoir de Dieu des connaissances très élevées, jouir d'une contemplation très sublime, pénétrer tous les mystères ; tout cela ne lui servira de rien pour s'unir à Dieu, si elle n'est pas embrasée d'amour. » (Ibid. Eclairc. A la stroph XIII). « O Amour ! s'écrie Sainte Catherine de Gènes, celui qui te sent ne te comprend pas. Et celui qui veut te comprendre ne peut te connaître, » (Dialogues, 3° Partie, ch.III).

III - S'il est vrai que tout ce que conçoit notre intelligence au sujet de Dieu est défaillant par rapport à notre représentation ; si, en cette vie, la suprême connaissance que nous puissions avoir de Lui est de savoir qu'Il est au-dessus de toutes nos pensées ; si donc Il nous demeure toujours caché, incompréhensible et inaccessible, il faudra dire avec Sainte Thérèse que « l'avancement de l'âme ne consiste pas à penser beaucoup, mais à beaucoup aimer. » (Fondations, ch. V). On approche d'autant plus de Dieu qu'on le comprend moins, niais qu'on l'aime davantage. La contemplation est « science d'amour » et toute l'application de l'âme doit être, selon le mot de Saint Jean de la Croix, « de concentrer la force de son amour et de sa volonté en Dieu, simplement et purement, sans compter sur les efforts de l'entendement. » (La montée du Carmel, liv. II, ch.XXIX). « Nos progrès dans l'amour, dit un autre mystique, Louis de Blois, seront la mesure exacte de nos accroissements dans l'union divine. Et p!us intime sera notre union à Dieu, plus absolument nous nous, perdrons en Lui, plus clairement aussi nous le contemplerons en Lui et par Lui ; L'ardeur enfin de notre amour suivra la perfection de cette contemplation. » (L'Institution spirituelle, ch. XII,§ IV).

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